LA BELGIQUE HYBRIDE Bruxelles - La Maison du Roi à la Grand-Place

 


LA MAISON DU ROI (BROODHUIS) 

A la Grand-Place de Bruxelles


"Musée de la Ville de Bruxelles"


La Maison du Roi, que le néerlandais appelle encore Broodhuis (« maison du pain »), n’a jamais abrité de roi : bâtie sur l’emplacement d’une halle aux pains du XIIIe siècle, elle doit son nom à Charles Quint, et l’édifice néogothique que l’on voit aujourd’hui date des années 1873-1896. Cet article retrace ses origines, sa devise latine et son chronogramme de 1625, ses façades successives, la statue d’Egmont et de Hornes, ses usages, puis les collections du Musée de la Ville de Bruxelles qu’elle abrite, dont la garde-robe de Manneken-Pis.


Photos et gravures sont suivies d'une Histoire de la Maison du Roi


Carrousel organisé devant la Maison du Roi en 1565 pour célébrer le mariage 
d'Alessandro Farnese, duc de Parme, et de la princesse Marie de Portugal. 
(Frans Floris, Bibliothèque universitaire de Varsovie)



Exécution des comtes d'Egmont et de Hornes devant la Maison du Roi en 1568


La Maison du Roi en 1625


La Maison du Roi en 1640


Incendie de la Maison du Roi pendant le bombardement de 1695


Ruines de la Grand-Place après le bombardement de Bruxelles en 1695


La Maison du Roi en 1846 (Par François Stroobant)


La Maison du Roi en 1850 (Par Adrien Canelle)


La Maison du Roi en 1855 (Par Louis Dubois de Nehaut)


La Maison du Roi en 1860


La Maison du Roi en 1864


La Maison du Roi en 1870


La statue d'Egmont et Hornes devant la Maison du Roi

La Maison du Roi vers 1880, en reconstruction

La Maison du Roi vers 1890, en reconstruction

La Maison du Roi en 1978

La Maison du Roi en 2025


VUES INTÉRIEURES DE LA MAISON DU ROI

















QUELQUES OEUVRES EXPOSÉES A LA MAISON DU ROI


"Le cortège de noces" (1623) attribué à Jan Brueghel


Incendie de la Grand-Place suite au bombardement de 1695 (Anonyme)


Le Manneken Pis, gravure de Jacobus Harrewijn, 1697 


Maquette de Bruxelles au 13e siècle, par Claire Louis


Maquette de Bruxelles au 13e siècle (détail), par Claire Louis


Maquette de Bruxelles au 13e siècle (détail), par Claire Louis


Retable de Saluces, 1500-1510, par Jan II Borman et Valentin van Orley


Retable de Saluces, 1500-1510, par Jan II Borman et Valentin van Orley



HISTORIQUE DE LA MAISON DU ROI


La Maison du Roi, que le néerlandais appelle encore Broodhuis (« maison du pain »), n’a jamais abrité de roi : bâtie sur l’emplacement d’une halle aux pains du XIIIe siècle, elle doit son nom à Charles Quint, et l’édifice néogothique que l’on voit aujourd’hui date des années 1873-1896. Cet article retrace ses origines, sa devise latine et son chronogramme de 1625, ses façades successives, la statue d’Egmont et de Hornes, ses usages, puis les collections du Musée de la Ville de Bruxelles qu’elle abrite, dont la garde-robe de Manneken-Pis.

En bref


Élément

Détail

Adresse

Grand-Place 29, 1000 Bruxelles, côté nord, face à l’Hôtel de Ville

Appellations

Maison du Roi (français), Broodhuis (néerlandais) ; autrefois « ’s Hertogenhuys » (Maison du Duc) puis « ’s Conincxhuys » (Maison du Roi)

Bâtiment actuel

Néogothique, par l’architecte Pierre-Victor Jamaer, 1873-1895 ; inauguration officielle en 1896

Bâtiment du XVIe siècle

Gothique flamboyant, 1515-1536, par Antoon II Keldermans, Louis van Bodeghem et Henri van Pede

Dimensions

Hauteur 20,21 m ; 38,49 m avec la tour centrale ; façade de 30,78 m au niveau du premier balcon ; profondeur de 21,28 m

Matériaux

Brique et petit granit de Soignies, avec de la pierre de Gobertange

Protection

Classé le 9 mars 1936 ; fait partie de la Grand-Place, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO (1998)

Propriétaire et occupant

Ville de Bruxelles, propriétaire depuis 1860 ; Musée de la Ville de Bruxelles depuis 1887


Des origines à la halle au pain (XIIIe siècle-1405)

La Maison du Roi remplace une halle aux pains dont la première mention connue date de 1321, mais qui remonte vraisemblablement au début du XIIIe siècle. C’est de cette fonction que vient le nom néerlandais Broodhuis, resté en usage alors que le français a retenu un autre titre.

La halle appartenait à un petit ensemble de bâtiments marchands de la place : halle au pain, halle aux draps (au nord) et halle à la viande, formant un quadrilatère. Selon l’historien Guillaume Des Marez, cité par l’inventaire du patrimoine bruxellois, il s’agissait à l’origine d’une construction en bois sur pilotis, remaniée à la fin du XIIIe siècle. À côté des boulangers, des bonnetiers y tenaient des étals, une partie du bâtiment servait de halle à la laine (Wolhuys) et le rez-de-chaussée était loué à des particuliers.

Au fil des XIVe et XVe siècles, les boulangers préfèrent vendre à domicile. Leurs dirigeants gardent cependant une salle de réunion jusqu’au premier quart du XVe siècle, tandis que la halle accueille peu à peu des administrations du duché de Brabant : le bureau du receveur général du domaine, la chambre du tonlieu (les droits de marché) et le tribunal de la foresterie.

En 1405, le bâtiment est reconstruit, cette fois en pierre ; l’ancienne halle aux draps voisine est démolie et remplacée par des maisons. Le lieu change alors de fonction et de nom : c’est le « ’s Hertogenhuys », la Maison du Duc, siège de l’administration ducale.

La Maison du Roi de Charles Quint (1515-1536)

Le bâtiment vieillissant ne résiste pas à l’usure du temps : en 1504, on décide de le reconstruire, et les plans sont confiés à l’architecte Antoon II Keldermans (Antoine Keldermans le Jeune). L’ancien édifice n’est démoli qu’en 1512-1513, et les travaux du nouveau commencent en 1515 pour s’achever en 1536, sous le règne de Charles Quint. Pour agrandir le terrain, le Domaine rachète trois maisons de la rue des Harengs et deux de la rue du Poivre.

Plusieurs architectes se succèdent : Keldermans dessine la maquette en bois et les fondations sur pilotis ; à sa mort, Louis van Bodeghem conçoit l’aménagement intérieur, en concertation avec Dominique de Waghemakere, Henri van Pede et Rombout Keldermans ; Henri van Pede prend ensuite la direction du chantier, et Laurent Keldermans réalise la maquette des voûtes. Le terrain étant marécageux, les pilotis sont reliés entre eux par des peaux de bœuf, dont des fragments sont retrouvés lors de la démolition de 1873.

L’édifice est de style gothique tardif (flamboyant), en brique, grès et pierre dure. Il n’est pas achevé : le pignon gauche, la double galerie et la tour centrale prévus ne seront jamais construits. Ce sont précisément ces éléments que Jamaer ajoutera au XIXe siècle.

Le nom « Maison du Roi » date de cette période : Charles Quint, duc de Brabant depuis 1506, devient roi des Espagnes en 1516, et la « Maison du Duc » devient « ’s Conincxhuys ». Aucun roi n’y a pourtant jamais habité : le nom renvoie au titre de ses propriétaires, les ducs de Brabant, et au pouvoir du souverain représenté par ses officiers. Aujourd’hui encore, une statue de l’empereur et des vitraux de l’escalier évoquant ses possessions rappellent ce lien.

La devise latine de 1625

En 1625, l’archiduchesse Isabelle (Isabelle-Claire-Eugénie) fait embellir la Maison du Roi. Elle y place, en l’honneur de Notre-Dame de Basse-Wavre, une statue de pierre de la Vierge entourée de deux saints, sur la travée centrale du troisième niveau ; les arcs des fenêtres des deux premiers niveaux reçoivent un revêtement de pierre dure. Le long de la façade, elle fait aussi graver une invocation latine :

A PESTE FAME ET BELLO LIBERA NOS MARIA PACIS

La traduction française est : « De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous, Marie de la Paix ». L’inventaire du patrimoine bruxellois précise que le bâtiment est placé à cette occasion sous le patronage de Notre-Dame de la Paix (Onze-Lieve-Vrouw van de Vrede).

La formule est une invocation classique : les trois fléaux de la peste, de la famine et de la guerre figurent aussi dans la litanie des saints, ce qui explique sa tournure familière aux fidèles de l’époque.

Cette inscription appartenait à la façade de 1625. Les deux saints sont remplacés en 1767 par une aigle impériale et un lion héraldique. Le marquis Arconati-Visconti replace la Vierge entre l’aigle, à gauche, et le lion, à droite. Enfin, Jamaer supprime en 1873-1895 les éléments non gothiques postérieurs au XVIe siècle. 

Le chronogramme de 1625

Le chronogramme de la Maison du Roi est une phrase latine dont certaines lettres, écrites en majuscules, valent des chiffres romains ; additionnées, elles donnent l’année 1625. Sa forme est :

hIC VotUM paCIs pUbLICæ eLIsabeth ConseCraVIt

La traduction est : « Ici Élisabeth consacra le vœu de la paix publique » (hic « ici », votum « le vœu », pacis publicae « de la paix publique », consecravit « a consacré »). « Élisabeth » désigne l’archiduchesse Isabelle.

Pour retrouver la date, on ne retient que les majuscules, avec la convention latine qui confond U et V (U = 5) :

Mot

Lettres numérales

Calcul

Valeur

hIC

I, C

1 + 100

101

VotUM

V, U, M

5 + 5 + 1000

1 010

paCIs

C, I

100 + 1

101

pUbLICæ

U, L, I, C

5 + 50 + 1 + 100

156

eLIsabeth

L, I

50 + 1

51

ConseCraVIt

C, C, V, I

100 + 100 + 5 + 1

206

Total



1 625

Vu par lettre, cela donne : 1 M (1 000) + 5 C (500) + 2 L (100) + 4 V/U (20) + 5 I (5) = 1625. Le chronogramme date donc l’embellissement de la façade.

Bombardement de 1695, transformations classiques et usages successifs

Le bombardement français de 1695 (sous le maréchal de Villeroy, ordres de Louis XIV) endommage gravement le bâtiment. Une restauration sommaire est réalisée par Jean Cosyn en 1697, puis une restauration plus approfondie en 1767 : suppression du pignon droit, toit classique, disparition de la fontaine du perron, remplacement des saints par un aigle impérial et un lion héraldique. Sous l’occupation française révolutionnaire, elle devient « Maison du Peuple ». Bien national, elle est cédée à la Ville de Bruxelles, vendue en 1811 au marquis Paul Arconati-Visconti, puis revendue en 1817. Elle sert ensuite à des usages très variés : bureau d’impôts, tribunal, prison temporaire, entrepôt de fourrage pour la cavalerie britannique après Waterloo, salle de répétition de l’école de ballet de La Monnaie, bibliothèque, etc.

Les transformations successives de la façade

Date

État de la façade

Intervenants

XIIIe siècle-1405

Halle en bois sur pilotis, remaniée à la fin du XIIIe siècle

Inconnus

1405

Reconstruction en pierre : la Maison du Duc

Administration ducale

1515-1536

Gothique brabançon tardif à traits Renaissance, tel que le montrent les vues du début du XVIIe siècle : trois niveaux, façade entièrement ajourée rythmée par des registres horizontaux, travée centrale plus large avec balcon à balustres, pignon droit de style Renaissance, toit à deux versants raide à lucarnes Renaissance ; ni tour ni galerie

Keldermans, van Bodeghem, van Pede

1565-1566

Fontaine monumentale contre le perron : trois ou cinq bassins,  selon des sources divergentes

Non précisé

1625

Statue de la Vierge au troisième niveau, devise latine et chronogramme, arcs des fenêtres en pierre dure aux deux premiers niveaux

Archiduchesse Isabelle

1695-1697

Bombardement ; restauration sommaire

Jean Cosyn

1767

Fontaine supprimée, perron simple à sphinx (retiré en 1788) au lieu du double escalier, porte cintrée de style Louis XVI, façade à bossages, pignon droit supprimé, toit à la Mansart avec œils-de-bœuf, aigle impériale et lion à la place des saints, boutiques au rez-de-chaussée

Non précisé

1789

Corps de garde à droite de l’entrée

Non précisé

1811-1817

Couronnement en dôme (retiré plus tard), Vierge replacée entre aigle et lion

Marquis Arconati-Visconti, puis Simon Piek

1841

Restauration de la façade

Simon Piek

1860-1865

Rachat par la Ville ; statue d’Egmont et de Hornes sur le site de l’ancienne fontaine (1864, retirée en 1877), double escalier reconstruit, balcon supprimé (1865)

Ville de Bruxelles

1873-1896

Démolition puis reconstruction néogothique : galeries, tour centrale, décor sculpté

Pierre-Victor Jamaer


La reconstruction néogothique de Jamaer (1873-1896)

En 1860, la Ville rachète l’édifice, très dégradé, et charge son architecte Pierre-Victor Jamaer d’un projet de restauration. Les sondages des fondations et l’état des murs, constatés lors du dégagement des lieux en 1873-1874, imposent finalement la démolition complète. La reconstruction commence en 1875 : le corps principal est couvert en 1885, l’annexe nord est construite en 1877-1880, et les galeries, la tour et le décor sont achevés en 1895. La nouvelle Maison du Roi est inaugurée officiellement en 1896.

Jamaer applique les principes de Viollet-le-Duc, l’unité de style. Il restitue la façade gothique de 1515-1536 en s’appuyant sur les relevés de 1873, les éléments conservés et l’iconographie ancienne, mais il élimine tous les éléments non gothiques ajoutés ensuite. Il va aussi plus loin que l’original : il construit les deux galeries et la tour centrale que le projet du XVIe siècle prévoyait sans les réaliser, à partir des archives, des fondations retrouvées et de modèles comme les hôtels de ville d’Audenarde et de Gand, les palais de Malines (Grand Conseil, Marguerite d’Autriche) et l’hôtel de Busleyden. Il moule certains éléments, relève le bâtiment d’origine et visite d’autres édifices pour s’inspirer. Les pièces de décor sont taillées par un groupe de sculpteurs.

  • Plan : trois niveaux, neuf travées au rez-de-chaussée et dix-sept à l’étage ; galerie à deux niveaux en saillie avec arcs surbaissés, arcatures trilobées, écus armoriés et pinacles ; façades latérales à pignons pointus et trois hautes tourelles.

  • Tour centrale : carrée, de quatre niveaux, ajourée à partir du troisième, couronnée d’une lanterne octogonale à flèche en poire.

  • Sculpteurs du corps principal : J. Bertheux, P.-J. Cordeau, J. Dillens, P. Huts, L. et G. Jaspar, F. Vanderborght, Ph. Vander Jeught et C. Witterwulghe ; les statues sont de G. de Groot, A. Desenfans, A. de Tombay, J. Dillens, P. Dubois, L. Samain, G. Vanden Kerckhove et autres.

  • Programme décoratif : statues de princes et de dirigeants brabançons, figures des juridictions et des corporations, hérauts et lions héraldiques ; statue de Charles Quint et vitraux d’escalier.

  • Arrière : une aile beaucoup plus sobre en style néo-Renaissance flamande.

  • Vestiges du XVIe siècle : cinq éléments de pierre blanche sculptés, venus de l’ancien pignon latéral droit, sont les seuls restes de l’édifice du XVIe siècle ; ils sont conservés à l’intérieur du musée.

En 1895, la Ville installe dans la tour un carillon de 49 cloches de la fonderie Causard, de Tellin ; il sonne faux et est retiré en 1898. En 1911, des plaques commémoratives bilingues rappellent l’exécution d’Egmont et de Hornes de part et d’autre de l’entrée. La reconstruction reste discutée : certains lui reprochent d’avoir démoli un bâtiment qu’une rénovation aurait pu sauver, d’autres rappellent que les fondations étaient en mauvais état (la tour et les galeries sont des ajouts inédits).

La statue d’Egmont et de Hornes devant la Maison du Roi

Le 5 juin 1568, sur ordre du duc d’Albe, les comtes d’Egmont et de Hornes sont décapités sur la Grand-Place ; cette exécution déclenche la révolte des Pays-Bas contre Philippe II et le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans. L’emplacement exact de l’échafaud est rapporté différemment : selon la tradition bruxelloise, c’était devant la Maison du Roi, alors que certaines notices anglophones parlent de l’Hôtel de Ville.

Au XIXe siècle, la jeune Belgique fait de la Grand-Place un lieu de mémoire et des deux comtes des « martyrs » de la liberté. En 1864, la Ville érige donc devant la Maison du Roi, à l’emplacement même de l’estrade de 1568 et de l’ancienne fontaine, une fontaine surmontée de leurs statues, œuvre du sculpteur Charles-Auguste Fraikin. À cette occasion, le double escalier d’entrée est reconstruit.

Le monument ne reste pas longtemps : pendant les travaux de Jamaer, il est déplacé en 1877, et installé en 1879  au square du Petit Sablon (aménagé entre 1879 et 1890 par l’architecte Henri Beyaert). 

Le souvenir reste pourtant sur place : des plaques commémoratives en français et en néerlandais, posées en 1911 de part et d’autre de l’entrée, remplacent une plaque uniquement française scellée dans le trottoir. 

Les usages au fil du temps


Période

Usage

XIIIe-XIVe siècles

Halle au pain, étals de bonnetiers, halle à la laine ; rez-de-chaussée loué à des particuliers

XIVe-XVe siècles

Administrations ducales : receveur général du domaine, chambre du tonlieu, tribunal de la foresterie

1405-1515

Maison du Duc, siège de ces services

XVIe-XVIIIe siècles

Rez-de-chaussée en boutiques ; étages loués comme salles de réunion aux grands serments et corporations (arbalétriers, escrimeurs, arquebusiers, Saint-Georges)

1565

Carrousel donné devant la Maison du Roi pour le mariage d’Alexandre Farnèse et de Marie de Portugal

1568

Exécution d’Egmont et de Hornes sur la place

1719

Le doyen des métiers François Anneessens proclame son innocence devant le Broodhuis avant d’être décapité

1789

Pendant la Révolution brabançonne, les Autrichiens tirent au canon depuis le bâtiment sur les troupes des États-Belgiques-Unis

1790s

Sous le régime français : « Maison du Peuple », bien national cédé à la Ville

1811-1860

Propriété privée (marquis Arconati-Visconti, puis Simon Piek) ; loué en 1819 à la Société de la Loyauté puis au Cercle artistique et littéraire ; boutiques au rez-de-chaussée

1860-1887

Propriété de la Ville ; démolition puis reconstruction par Jamaer (1873-1896) ; services financiers de la Ville

1887-1928

Musée communal au deuxième étage, services financiers dans le reste du bâtiment

1918

Monument temporaire à Edith Cavell, par Egide Rombaux, à l’arrière

1928-1940

Tout le bâtiment affecté au musée ; réouverture en 1935 pour l’Exposition universelle

1940-1947

Musée fermé ; premier étage occupé en 1943-1944 par l’administration du « Grand Bruxelles », puis bureau de recrutement du ministère de la Défense après la Libération ; musée rouvert en 1947

Depuis 1947

Musée de la Ville de Bruxelles


Le Musée de la Ville de Bruxelles aujourd’hui

La Maison du Roi abrite le Musée de la Ville de Bruxelles, inauguré en 1887 à l’initiative du bourgmestre Charles Buls et de l’archiviste Alphonse Wauters. Le musée considère que son œuvre la plus importante est le bâtiment lui-même. Ses collections comptent plus de 7 000 pièces.

  • Rez-de-chaussée : les arts bruxellois, soit sculptures, étains, faïences, orfèvreries et porcelaines, avec les tapisseries et les retables.

  • Premier étage : tableaux, plans de la ville et maquettes qui montrent le développement urbain de Bruxelles.

  • Dernier étage, sous la charpente : l’histoire de la Grand-Place (la salle « The Grand-Place To Be ») et la statue originale de Manneken-Pis.

Le musée reçoit 100 000 à 120 000 visiteurs par an. Il n’a ni ascenseur ni accès pour les fauteuils roulants ; la conservatrice reconnaît qu’il n’est pas équipé pour accueillir autant de monde. Il est gratuit chaque premier dimanche du mois, et un billet combiné donne aussi accès à la Garde Robe Manneken-Pis.

Œuvres d’art et peintures conservées

  • Le Cortège de noces (1567). Le musée et la presse le présentent comme une œuvre de Jan Bruegel; le tableau est entré dans les collections en 1966. Son statut d’original est toutefois discuté : une notice de vente indique que la thèse (défendue par Georges Marlier) selon laquelle ce serait la composition originale dont dérivent de nombreuses répliques n’est plus admise aujourd’hui.

  • Le Retable de Saluces. Cité avec le Cortège de noces par la Ville comme l’un des trésors du musée, parmi un ensemble de retables bruxellois. Réalisé en 1500-1510 par Jan II Borman et Valentin van Orley.

  • La tapisserie et le carton du Martyre de saint Paul. Le musée est le seul au monde à montrer une tapisserie du XVIe siècle avec le carton monumental de Pieter Coecke van Aelst qui lui a servi de modèle. Le carton est daté par le style des années 1535 et a été restauré récemment ; cinq autres fragments de cartons de la même tenture, illustrant trois autres épisodes, sont conservés ailleurs. Le musée possède aussi une tapisserie du XVIIe siècle d’Albert Auwercx.

  • Le bombardement de 1695. Une grande toile anonyme de 146 × 180 cm montre la Grand-Place en feu dans la nuit du 13 au 14 août 1695.

  • Vues du palais du Coudenberg. Peintures de F. Lorent (1774 et 1778) et tableau de la chapelle du palais (1720).

  • Images de la Maison du Roi elle-même. Gravures et peintures la montrent au milieu du XVIIe siècle, en feu en 1695, rénovée en 1625, vers 1842 (estampe de Gustave Simonau) et vers 1870 avec la statue d’Egmont et de Hornes.

  • Sculptures et objets. Statues de saint Michel et de sainte Gudule, trop abîmées pour rester à leur place d'origine, la girouette originale de l’Hôtel de Ville, une grande statue de saint Michel, des faïences en forme d’asperges et de choux, des porcelaines, des étains, des orfèvreries, des drapeaux, des ferronneries, une maquette de la ville au XIIIe siècle, des plans et des pièces archéologiques.

  • La Maquette de Bruxelles au XIIIe siècle : Une impressionnante reconstitution en relief de la ville médiévale au moment de l'érection de sa première enceinte.

Manneken-Pis et sa garde-robe

La statue originale de Manneken-Pis est une sculpture de bronze de 1619, de Jérôme Duquesnoy l’Ancien. Volée et abîmée à plusieurs reprises, elle est à l’abri au dernier étage du musée ; celle qu’on voit rue de l’Étuve est une copie posée en 1965.

La tradition d’habiller le petit personnage remonte à 1615, et le plus ancien costume conservé a environ 300 ans. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les costumes viennent de toute l’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques, et d’associations folkloriques, professionnelles ou étudiantes. Pour habiller la statue, une commission réunissant des membres des Amis de l’Ordre de Manneken-Pis et la Ville étudie chaque projet.

Le nombre de costumes varie selon les sources et les dates : plus de 880 en 2012, près de 1 000 selon Visit Brussels, 1 001 selon la RTBF, près de 1 200 en mai 2026.

Période

Où se trouve la collection

Jusqu’en février 2017

Exposition permanente au deuxième étage de la Maison du Roi

Depuis février 2017

GardeRobe MannekenPis, rue du Chêne 19 (une sélection de costumes) ; le reste est stocké à la Maison du Roi

Depuis mai 2026

Déménagement des quelque 1 200 costumes (environ 600 heures de travail) vers le Musée de la Mode et de la Dentelle pendant les travaux

La garde-robe reste consultable pour continuer à changer les tenues du petit personnage.

  • LEGENDES Manneken-Pis de Bruxelles (Version 1)
  • LEGENDES Manneken-Pis de Bruxelles (Version 2)
  • LEGENDES Manneken-Pis de Bruxelles (Version 3)

  • La restauration 2026-2027

    La Maison du Roi n’a plus été restaurée depuis 1935. Depuis plus de vingt ans, de l’eau s’infiltre par le toit et les murs ; la façade est ternie, son décor s’effrite, et les œuvres de la grande salle du deuxième étage ont dû être retirées. En novembre 2025, la Ville de Bruxelles dépose une demande de permis pour restaurer le toit et les façades.

    Le 20 avril 2026, elle annonce un chantier de 6,2 millions d’euros pour les façades, les toitures et la tour, dont 3,5 millions pourraient venir de la Région bruxelloise (sous réserve d’approbation). Le chantier se déroule en deux phases :

    1. Phase 1 : toitures, tour et façades du deuxième étage, sous un échafaudage spécial qui protège les ouvriers des intempéries ; le musée reste en grande partie ouvert.

    2. Phase 2 : façades des niveaux inférieurs ; le musée ferme alors complètement, mais temporairement.

    Une numérisation 3D complète du bâtiment accompagne les travaux, pour restituer fidèlement les éléments les plus dégradés. En novembre 2025, la seconde phase désignait encore la rénovation intérieure, pour laquelle une estimation antérieure atteignait environ 20 millions d’euros ; elle a été redéfinie depuis.

    D’après la page d’accueil du musée (consultée via un moteur de recherche), le musée ferme entièrement du 4 janvier au 1er mars 2027 pour préparer la restauration du toit et de la façade du deuxième étage. Il rouvre le 2 mars 2027 avec le rez-de-chaussée et le premier étage, selon un parcours permanent adapté. Les costumes de Manneken-Pis, eux, sont transférés au Musée de la Mode et de la Dentelle (Rue de la Violette 12, 1000 Bruxelles).

    Sources

    • Inventaire du patrimoine bruxellois, Broodhuis
    • Wikipédia, Maison du Roi (Bruxelles)
    • Musée de la Ville de Bruxelles, La Maison du Roi
    • VRT NWS, infiltrations et restauration (novembre 2025)
    • La DH, restauration de 6,2 millions d’euros (avril 2026)
    • BX1, la garde-robe de Manneken-Pis déménage (mai 2026)
    • Ville de Bruxelles, musées et centres d’art
    • Brussels City Museum
    • RTBF sur les 1001 costumes
    • Visit Brussels
    • Cahiers bruxellois
    • Cityzeum
    • Bruxelles ma belle
    • Studia Bruxellae
    • Museomix
    • L'Avenir
    • Bruxelles Today


    Sources et documentations assemblées par la Belgique des Quatre Vents