LEGENDES Le Mahwot

 

Le Mahwot, représenté par Cyril Barreaux


LE MAHWOT

L'énigmatique monstre de la Meuse


Chaque grand fleuve a ses légendes, et la Meuse n'y échappe pas. Entre les Ardennes françaises et la Wallonie, on murmure depuis longtemps qu'une créature rôde au fond de ses eaux : le Mahwot, parfois écrit Mawhot ou Mawhotte.

Une bête entre lézard et veau

Le Mahwot est décrit comme un lézard amphibie de la taille d'un veau (quelques sources évoquent une taille bien plus considérable), qui vit dans la Meuse entre la ville française de Revin et la cité belge de Liège. Il courrait sans cesse sur le fond du fleuve, d'une extrémité à l'autre de ce parcours. Un site touristique ardennais le surnomme, avec humour, un « Nessie » local, en référence au monstre du Loch Ness en Ecosse. 

À la différence de son cousin écossais, il n'a rien d'une vedette : il se montre très rarement, et il vaut mieux pour tout le monde qu'il reste au fond.

Un présage funeste

Quand le Mahwot quitte l'eau, il annonce des ennuis. Sa sortie sur la terre ferme passe pour le signe avant-coureur d'un décès, d'une guerre ou d'une épidémie. La tradition rapporte que la dernière apparition remonterait à juillet 1870, à Revin et à Givet, soit quelques jours avant que la France n'entre en guerre contre la Prusse, un conflit qui allait se solder par une défaite française et la perte de territoires. Les amateurs de coïncidences apprécieront. 

Le croque-mitaine des bords de Meuse

Le Mahwot remplit aussi un rôle plus quotidien, celui d'épouvantail pour enfants. Il sert avant tout à tenir les petits éloignés de l'eau, en dévorant, dit-on, les imprudents qui jouent trop près des berges. Selon certaines versions, les mères en colère pouvaient même l'appeler hors de l'eau pour châtier les enfants désobéissants. La menace se disait en dialecte : « V'la le Mahwot, si tu n'ti tais nai, d'ji vas t'fouaire mandjie ! » 

Les fleuves étaient dangereux pour les enfants, avec leurs berges glissantes, leurs courants et leurs crues. Le monstre transformait ce risque bien réel en une peur assez concrète pour être retenue. On retrouve ce mécanisme dans de nombreuses cultures, du Royaume-Uni à l'Europe centrale, où des créatures aquatiques du même genre gardent mares, puits et rivières.

Un cousin ardennais : le Karnabo

Le folkloriste Claude Seignolle rattache au Mahwot une autre bête de la région, le Karnabo : il y voit une variante locale du mythe ardennais plus large du Mahwot. Le Mahwot serait ainsi le représentant fluvial d'une famille de monstres ardennais, dont chaque vallée aurait décliné sa propre version. 

Où trouver la trace du monstre

Les sources écrites sont modestes. Les fiches actuelles renvoient surtout à l'ouvrage d'Albert Meyrac, Traditions, coutumes, légendes et contes des Ardennes (1890), ainsi qu'à L'Ardenne de J. Lambot (1987). Il n'existe, à notre connaissance, ni témoignage détaillé ni enquête historique approfondie : le Mahwot appartient à la tradition orale, et ses contours ont sans doute varié d'un village à l'autre. Il reste toutefois bien vivant dans l'imaginaire régional. Le tourisme ardennais le compte parmi les légendes de la vallée de la Meuse, et la presse belge l'a récemment rangé parmi les créatures mythiques du pays.

Conclusion

Le Mahwot n'a jamais été photographié et ne le sera probablement jamais. Il vit ailleurs : dans la mémoire des rives, dans les mises en garde des parents et dans l'inquiétude de ceux qui, un soir de juillet, ont cru voir quelque chose remuer près de la berge. C'est une bonne raison de rester prudent au bord de l'eau.


(Sources diverses assemblées par la Belgique des Quatre Vents)