LA BELGIQUE D'ANTAN - Les inondations de janvier 1820 en Belgique

 

Bruxelles - La place Saint-Géry sous eau lors des inondations de janvier 1820
Lithographie Frères Willaume

LES INONDATIONS DE JANVIER 1820 EN BELGIQUE


En janvier 1820, le Royaume uni des Pays-Bas (qui intégrait alors le territoire de la Belgique actuelle) subit l'une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices du XIXe siècle. Provoquée par un dégel brutal après un hiver particulièrement rigoureux, cette crise hydrologique combina la fonte massive des neiges et de violentes crues de glace (débâcle) sur la Meuse, la Escaut et leurs affluents.


L'engrenage météorologique


La catastrophe s'est articulée en deux temps majeurs :

  1. Le gel exceptionnel (décembre 1819) : Des températures négatives prolongées gèlent en profondeur les principaux cours d'eau, formant une épaisse couche de glace à la surface de la Meuse, de la Sambre et de l'Escaut.

  2. Le dégel soudain et les pluies (janvier 1820) : Un réchauffement brusque accompagné de pluies abondantes provoque la rupture de la banquise fluviale. Les blocs de glace libérés dérivent et s'accumulent au niveau des ponts et des coudes des rivières, formant de véritables barrages naturels (embâcles).


Zones touchées et dégâts majeurs


Lorsque ces barrages d'eau et de glace ont cédé, des vagues déferlantes se sont déversées sur les villes et les campagnes environnantes.


Région / BassinVilles impactéesNature des dégâts
Bassin de la MeuseLiège, Namur, Huy, DinantRues submergées, ponts emportés par les blocs de glace, habitations détruites et noyades.
Bassin de l'Escaut et de la SenneGand, Tournai, Bruxelles (bas de la ville)Inondations urbaines majeures, destruction des réserves alimentaires et des ateliers artisanaux.
Plaines et PoldersRégions fluviales et zones bassesRupture de digues, champs dévastés et pertes d'animaux d'élevage.

Impact humain et conséquences historiques


L'absence de systèmes d'alerte moderne a lourdement aggravé le bilan humain et économique.

  • Crise humanitaire : Des milliers d'habitants se sont retrouvés sans abri au milieu de l'hiver, perdant logements, bétail et récoltes stockées.

  • Élan de solidarité : Sous l'impulsion des autorités du Royaume uni des Pays-Bas et du roi Guillaume Ier, des souscriptions publiques et des collectes de fonds ont été organisées dans tout le territoire pour venir en aide aux sinistrés.

  • Modernisation des infrastructures : Cet événement marquant a poussé les ingénieurs de l'époque à repenser l'aménagement des cours d'eau, conduisant plus tard à des travaux de canalisation, de renforcement des digues et d'élargissement des passages sous les ponts pour éviter les blocages de glace.


DANS LA PRESSE...

La presse de l'époque évoque les inondations de janvier 1820, qui frappèrent Bruxelles et tout le pays.

Auteur des extraits de journaux : Aimé Coolmans (Revue de Bruxelles, mai 1838).

18/01/1820 – Inondations

Durant le début du mois de janvier 1820, le froid se fit grandement sentir. Toutes les rivières et fleuves étaient pris par les glaces. Mais les 17 et 18 janvier, un rapide dégel engendra des inondations catastrophiques en Wallonie. Selon des données reconstituées, la température aurait plongé jusqu’à –18°C le 11 janvier dans la région de Bruxelles. Le dégel du 17 est attesté et le 19, la température aurait atteint +11°C.

« La glace de l’Escaut et de la Meuse avait acquis une épaisseur de trois pieds. Le dégel se manifesta le 17, et continua le 18 avec une rapidité sans exemple. La débâcle fut terrible dans les provinces wallonnes, où les eaux incessamment grossies se précipitaient dans les parties inférieures de leur cours, avec une violence telle qu’en beaucoup d’endroits elles enlevèrent des bonniers de terrain. »

« L’ancien pays de Liège eut surtout à souffrir. À Liège, même le courant de la Meuse emporta plusieurs arches du pont de l’Université, la route de Liège à Huy fut coupée et rendue pour longtemps impraticable. La Meuse charia pendant quelques jours de nombreux débris de maisons et de meubles. À Maestricht, on pêcha des cadavres humains et une foule d’animaux domestiques qui avaient été entraînés par les flots. »

« Bruxelles eut sa part dans ce désastre. Les digues du canal se rompirent en trois endroits et toute la partie basse de la ville fut si complètement inondée qu’il fallut se servir de nacelles et de charrettes pour apporter aux habitants, réfugiés aux étages, les secours nécessaires. Louvain et les campagnes environnantes éprouvèrent des malheurs non moins déplorables. À Anvers, la marée montante faillit détruire les quais et les maisons. Dans le pays de Waes, l’eau atteignit, dans plusieurs localités, une hauteur de 10 à 12 pieds. Beaucoup de campagnards auraient péri en ces jours néfastes, sans le dévouement des habitants de Termonde, qui allèrent les recueillir sur les toits et les arbres, où ces malheureux s’étaient réfugiés. »

« La pluie qui est tombée pendant la nuit a fait monter les eaux de la Senne à un point de hauteur où, de mémoire d’homme, on ne les a vues. Les environs de la ville entre les portes de Hal, d’Anderlecht et de Flandre offrent l’aspect d’une submersion totale. Presque toute la partie basse de la ville est submergée… Il y a de l’eau jusque la place de la Monnaie. »

« Gand, Courtrai, Deynze, Audenarde, Grammont, Alost, Namur, Tournay et la plupart des autres ville de la Belgique ainsi qu’un grand nombre de villages eurent à déplorer les suites de cette effrayante inondation qui occasionna aussi en Hollande, en France et en Prusse, des dommages considérables. »

« Dans la plupart des localités, les eaux ne se retirèrent que vers la fin de Janvier. »


(Sources diverses assemblées par la Belgique des Quatre Vents)